Les heures souterraines – Delphine DE VIGAN

9782253134213FS

Un vrai coup de cœur, une écriture juste! J’avais beaucoup aimé Rien ne s’oppose à la nuit, ici, j’ai adoré !

Une nouvelle fois, l’auteur s’attaque à un sujet dur, un calvaire qu’elle nous soumet comme un diamant brut. Rien n’est édulcoré, les descriptions sont parfaites.

« Croyez-vous qu’on est victime de quelque chose comme ça parce qu’on est faible, parce qu’on le veut bien, parce que, même si cela paraît incompréhensible, on l’a choisi? Croyez-vous que certaines personnes, sans le savoir, se désignent elles-mêmes comme des cibles? »

Elle nous présente l’horreur de la réalité professionnelle de Mathilde, cet effondrement pervers qui petit à petit, l’air de rien, la conduit dans un fond où elle ne semble plus pouvoir se rattacher à rien. Jacques, son chef, la harcèle, doucement il établit son plan pour qu’elle s’en aille, il ne lui laisse pas la possibilité de s’en sortir, elle n’en a pas le droit. Contrairement à Mathilde, en lisant nous avons la possibilité de tout arrêter en refermant le livre le temps de reprendre son souffle.

« Elle n’en parle pas. Même à ses amis.
Au début, elle a essayé de décrire les regards, les retards, les prétextes. Elle a essayé de raconter les non-dits, les soupçons, les insinuations. Les stratégies d’évitement. Cette accumulation de petites vexations, d’humiliations souterraines, de faits minuscules. Elle a essayé de raconter l’engrenage, comment cela était arrivé. A chaque fois, l’anecdote lui a semblé ridicule, dérisoire. A chaque fois, elle s’est interrompue. »

La réalité de Thibault est d’un autre ordre, son impuissance se focalise sur la volonté d’aimer, mais d’aimer vrai. Sa relation ne va que dans un sens, c’est une autre forme de harcèlement, celui que l’on se fait à soi-même. Rester des mois, des années avec une personne alors qu’elle ne vous aime pas, se leurrer, y croire quand même.

« Est-ce que c’était ça, être amoureux, ce sentiment de fragilité ? Cette peur de tout perdre, à chaque instant, pour un faux pas, une mauvaise réplique, un mot malencontreux? »

Delphine de Vigan, dénonce là encore une réalité contemporaine : la peur d’être seul.
Grâce au métier de Thibault, médecin urgentiste, l’auteur va nous brosser la réalité des solitudes bien dissimulées dans les appartements des grandes villes, nombre des souffrances et d’errances rencontrées.

« Il voudrait être loin, en être plus loin. Il voudrait que le temps soit déjà écoulé, ce temps incompressible par lequel sa souffrance devra passer, six mois, un an. Il voudrait se réveiller à l’automne, presque neuf, regarder l’entaille comme une fine cicatrice.
Il s’agit d’organiser le temps jusqu’à ce qu’il puisse revivre.
Meubler, en attendant que ça passe. »

Les heures souterraines sont les heures que l’on passe dans l’introspection, à se parler à soi-même, à essayer de comprendre ; mais c’est aussi la réalité de la ville, les heures à passer dans des tuyaux tels des rats, ces transports en communs, métro, RER mais aussi ces bouchons où rien n’avance. Dans ces deux derniers cas une impuissance et une violence se dégagent, quelle est la limite à ne pas dépasser, à quel moment cela peut déraper.

« Pour l’instant , il s’agit de rester du bon côté du quai. Ne pas se laisser entraîner vers le fond, maintenir ses positions. Quand le métro arrivera, bondé, irascible, il faudra lutter. Selon une loi tacite, une forme de jurisprudence souterraine appliquée depuis des décennies, les premiers resteront les premiers. Quiconque tente de s’y soustraire se voit conspué. »

Nos deux héros, désarmés face à la réalité de leur vie, essayent tant bien que mal de rester debout, la jungle n’est pas si loin, elle les entoure.

Delphine DE VIGAN - Les heures souterraines
2011 - LE LIVRE DE POCHE - ISBN 9782253134213

 

Recherche de perfection et souffrance

La recherche de perfection reste le graal de bon nombre d’entre nous.
Nous avons du mal à accepter l’erreur, souhaitant à tout prix être parfaits.
Le plat cuisiné doit être très bon, la nouvelle coiffure nous aller à merveille, parler tel un orateur, avoir des enfants avec une bonne éducation et bons élèves, être un amant à faire rougir Don Juan, réussir professionnellement, avoir une belle maison, une culture générale enviable…
En clair, nous souhaitons apparaître irréprochables aux yeux des autres.
La recherche de perfection devient notre dope ! Accro aux compliments, ayant un besoin d’être aimé sans bornes, nous suivons cette chimère séduisante qui nous emmène dans des dédales impossibles. Comme dans toute drogue, c’est le sentiment de bien-être promis que l’on veut atteindre. Un sentiment qui ne vient pas ou qui tient si peu dans le temps qu’il nous pousse à l’exigence. Il en faut plus, toujours plus.

Bon nombre de thérapeutes et autres coachs nous proposent des techniques pour être le meilleur, avec des solutions miracles où le fait de se concentrer sur l’objectif convoité est suffisant pour nous changer. C’est le deal : « fait ça, tu auras ça ! »

La pensée positive est un élément important mais la pensée magique n’a jamais fait changer les comportements.

Notre raison le sait pourtant, la perfection n’existe pas ! Et pourtant, notre besoin d’être aimé, lui, tente quand même. Il est persuadé, qu’en étant bien sous tous rapports, la vie sera un nirvana !

La chute est alors terrible ! De déceptions en déceptions, nous pensons que le bonheur n’est pas fait pour nous. En souhaitant atteindre l’inaccessible, c’est la souffrance assurée !
La limite de tout être est celle de ses capacités propres. Pour sortir du cercle infernal de l’idéal, nous devons en faire le deuil pour accepter de faire « du mieux que je peux ». En acceptant cette limite réelle, en arrêtant de plonger dans l’abîme, nous avons la possibilité de caresser la satisfaction.

 

recherche de perfection

C’est dans l’écart entre la perfection et de notre limite « du mieux que je peux » que la souffrance se loge. Pour en sortir, il nous faut quitter notre bien-aimé idéal. Le divorce doit être prononcé !

Ce plaisir tant attendu apparaît en atteignant des objectifs réalisables avec nos compétences personnelles.

Il est donc possible d’être heureux, en faisant du mieux que l’on peut. Tout simplement.

Est-ce si simple ? oui, mais c’est long, il va falloir prendre conscience tous les jours, dans tout ce que nous faisons, de la réalité de la limite et ne plus rentrer dans la zone rouge. Nous pouvons alors nous sentir accomplis dans ce que nous réussissons à faire, et c’est déjà beaucoup!

Entre toujours mieux faire et se satisfaire,
entre l’idéal et la réalité,
entre la souffrance et le bien-être,
à nous de choisir !